[INTERVIEW] PIERRE GAUBERT : L’ENTRAÎNEUR DES CHAMPIONS !

pierre gaubert

Pierre Gaubert entraîneur et directeur du CMBSV a eu l’occasion de former de nombreux athlètes de haut-niveau aujourd’hui présents dans diverses disciplines. De Fred Duthil, vainqueur de nombreuses courses au large, en passant par Antoine Auriol, ex-champion du monde de kitesurf à Pierre Le Coq, multiple champion du monde de planche olympique et médaillé de bronze au JO de Rio. Riders Match vous propose une interview exclusive d’un entraîneur talentueux ayant vu le monde de la voile évoluer au fil de l’eau…

Pierre Gaubert, peux-tu te présenter à la famille Riders Match ?

Je pilote un club en Bretagne Nord dans les Côtes-d’Armor en baie de Saint-Brieuc. Pas le plus bel endroit du monde, mais un spot polyvalent qui adore le windsurf et le nautisme en général.
Mon histoire est drôle, car en raison d’un problème de décalcification osseuse, le médecin a demandé à mes parents paysans de me faire barboter au bord de l’eau : soleil et sable chaud. Je suis devenu un drogué de la mer comme d’autres.

pierre gaubert

Le CMVSB, ton petit club au grand potentiel ! Comment résumerais-tu ta carrière en quelques lignes ?

Moniteur en 1980 alors que j’étais étudiant, je suis devenu directeur en 1992. J’ai vu le monde associatif et le nautisme évoluer depuis les années 1980. Nous gérons le club avec un président et Jean Noël Landès et son conseil d’administration dont les membres sont eux aussi des mordus, « fous dingues » de grands espaces marins.

Quelle est, d’après toi, la bonne recette pour former des athlètes à la victoire ?

Nous avons la conviction que chacun peut le faire, mais que certains se donnent plus les moyens que d’autres. De ce fait on commence par aider les très motivés à se structurer afin qu’ils deviennent efficaces. Une heure d’entraînement doit être rentable pour l’avenir : aller sur l’eau pour aller sur l’eau ne fait pas le champion, idem pour la salle de sport ou la préparation physique. Ensuite on n’oublie pas les moins motivés qui sont souvent les moins structurés, et on les harcèle jusqu’au bout sur la méthode.

pierre gaubert entraineur

Pierre Le Coq, Fred Duthil, Antoine Auriol… peux-tu nous parler du parcours de ces grands champions à tes côtés ?

Nous considérons que le champion c’est celui qui veut le devenir qui s’en donne les moyens. Pour prendre des références cinématographiques, nous pouvons respectivement les comparer à une compilation de : Forest Gump, Le cercle des poètes disparus et Jonathan le Goéland.

Ces trois sportifs sont très liés et nous attachons toujours beaucoup d’importance à ce lien quasi familial qui permet la transmission d’une ambition : celle de sillonner le monde.

Fred a atterri ici à 17 ans, on a navigué ensemble et ça a été génial des sorties sans fin ou tout était objet de challenge : courir jusqu’à l’eau avec le matos, au près au largue idem au retour. Antoine et son frère Nicolas sont arrivés du nord un beau jour et là encore le courant est passé, on a bien rigolé, mais le challenge sportif était toujours là : un sportif merveilleux cet Antoine ! Pierre quant à lui a été baigné dans tout ça. Il a reçu de tout le monde et y a mis un peu de rigueur et il en est là, aux portes de Tokyo, à tenter une deuxième participation aux JO.

Ton « poulain », Pierre Le Coq, l’a d’ores et déjà fait. Mais quel serait ton sentiment de voir un jour un duo de Gaubert aux JO en windsurf ?

Pour Pierre nous espérons une deuxième participation à Tokyo, mais il n’est pas le seul et il devra s’imposer lors de la sélection en 2020.

Pour les plus jeunes, tout reste ouvert, car il ne faut pas s’interdire l’objectif olympique en mythifiant les athlètes ou le niveau des jeux. Mais ce serait drôle le duo aux JO même si c’est improbable, mais pas impossible qu’un seul y aille. Disons Marie en équipage mixte avec un garçon et Victor sur ce qu’il veut… ah ah ah comme on lit sur Facebook.

pierre gaubert pierre le coq

Dernière génération de sportifs à ta carrière d’entraîneur ou « show must go on » ?

En effet en faisant les petits calculs sur les années et les olympiades, on arrive vite en retraite en 2024. Mais je n’ai pas l’intention d’arrêter de rêver, et de faire rêver les jeunes. Tant que je peux faire mon cinéma lors des briefings, c’est bon signe, et les hivers rigoureux « ne me font pas froid ».

Marie et Victor, la relève parait être assurée pour le CMVSB ! Est-ce facile pour toi d’entraîner tes propres enfants ?

Mes deux enfants sont deux de mes sportifs et je prends les membres du club à témoin : je ne les épargne pas !

Marie est un peu un diesel dans tout ce qu’elle fait, mais quand elle décide elle m’impressionne. Disons-le tout de suite, en planche, il lui reste des progrès à faire pour m’impressionner, mais elle dispose de toutes les qualités pour faire du haut niveau… si elle se décidait, mais c’est peu probable. Elle a « drivé » les autres filles du club dont certaines sont bien parties pour faire du haut niveau. Citons Alissa Vautrin par exemple. Mais il reste du travail !

Victor est le pilier de nos sportifs, car il est très exigeant en tout. Il ressemble à d’autres de nos sportifs de haut niveau : c’est une locomotive, la locomotive des années à venir.

Décris-nous la session de Marie et Victor sur cette vidéo ?

C’était un dimanche ordinaire, un dimanche consacré à faire découvrir le windfoil à deux amis de Martinique. Je les ai « briefés » et j’ai demandé à mes enfants de leur donner les conseils utiles sur l’eau. On ne savait pas trop si le vent allait être suffisant. Un de nos pratiquants talentueux, Marin Réaubourg (notre star du windfoil) a décidé de faire quelques images et ça donne ce petit montage délicieux.

Quel est ton avis d’expert sur le windsurf foil ?

Tout le monde adore, mais pour le moment nous ne sommes pas convaincus que cela remplace les supports à dérive qui passent partout : petit temps médium vent fort. Dans le petit temps médium il est difficile de faire du près et même les pros de world cup ne nous ont pas convaincus au Japon cet hiver. Les pros courent quand il y a possibilité de naviguer en Formula donc c’est retour à la case départ.

Par ailleurs, le matériel évolue encore beaucoup, et pour courir ensemble, il faudrait au minimum une jauge d’aile avant et de voile : surface maxi aile avant et surface maxi voile par catégorie de poids de coureur. On voit que ce serait l’usine à gaz.

Pour s’en sortir il faudrait donc une « monotypie », sujet déjà travaillé par Pryde avec la RS-One : version grand public et la RS-X en modèle élite. Mais voilà les autres majors de la production de matériel windsurf comptent bien bloquer ce projet en rendant obsolète le travail de Pryde. C’est déjà en train de se passer et Pryde risque de passer pour « has been ».

De notre côté nous voyons que c’est le sens de l’histoire donc on y travaille et nos jeunes seront prêts pour 2020, car, comme ce sera probablement au programme de 2024, la structuration sportive pour les jeunes sera mise en place à cette période.

Quel message souhaites-tu transmettre à la jeune génération de sportifs ?

Quel que soit votre engagement en temps dans la pratique ; soyez efficace, ce n’est pas incompatible avec le plaisir, bien au contraire. En devenant plus vite meilleurs, vous profiterez des plaisirs réservés à l’élite. Et je peux vous dire d’expérience que c’est au-delà de génial. Bref arrêtez de faire du travers-travers avec un Jibe au bout ! Grimpez au vent quel que soit le support et le vent et osez abattre le plus vite possible. Placez des Jibe au plus rapide et hop, vous serez une star… connue ou pas, on s’en fiche !

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